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Angola : la colère des sans-abris monte à Luanda

mardi 4 août 2009.

Angola : la colère des sans-abris monte à Luanda

De Louise REDVERS (AFP) – 4 août 2009

LUANDA — La colère monte parmi les milliers de sans-abris de Luanda, jetés à la rue lorsque les autorités angolaises ont une fois de plus démoli leurs baraques pour construire à la place lotissements et centres commerciaux.

"Si rien n’est fait, cela va tourner à la révolte", avertit Luiz Araujo, directeur de l’organisation non-gouvernementale angolaise SOS Habitat. "Nous allons vers un conflit très sérieux et personne ne veut ça", après 27 ans de sanglante guerre civile.

La semaine dernière, 200 victimes des démolitions ont manifesté devant le Parlement, une mise en garde sérieuse dans un pays où toute velléité de protestation publique est sévèrement réprimée.

Selon SOS Habitat, 15.000 personnes ont perdu leurs modestes abris, écrasés par les bulldozers lors de la dernière vague d’expulsions dans les quartiers sud de la tentaculaire capitale.

Des maisons de fortune érigées au fil des années dans les quartiers de "Baghdad" et "Iraque", il ne reste que des tas de briques et de tôles. Ci et là, des morceaux de matelas de mousse et de maigres possessions détruites attestent de la soudaineté de l’intervention.

"Ils sont arrivés vers trois heures du matin", témoigne Rosa, mère de cinq enfants. "D’abord la police est venue, puis les bulldozers ont écrasé les maisons."

La jeune femme enceinte n’a pu que regarder, impuissante, la destruction de tous ses biens. "Il n’y a eu aucun avertissement. On n’a pas eu d’autre choix que de partir car les policiers étaient partout. Nous avons attrapé ce que nous avons pu avant de voir nos maisons être démolies".

Ces destructions durent depuis des années, dans le but officiel de raser les implantations illégales. Des millions de personnes, chassées des zones rurales en proie à la guerre civile et aux champs minés par les belligérants, se sont agglutinés à Luanda.

La capitale de l’ancienne colonie portugaise, conçue pour 500.000 habitants, en abrite aujourd’hui plus de 5 millions. Des bidonvilles crasseux, dépourvus d’eau, d’électricité et d’égoûts, s’étalent sur le moindre espace disponible, jusqu’au coeur de la ville, côtoyant des luxueuses maisons des nantis.

L’Angola, qui se dispute avec le Nigeria la place de premier producteur de pétrole d’Afrique, bénéficie depuis le cessez-le-feu d’une croissance vertigineuse. Luanda s’est transformée en un gigantesque chantier de construction, pour répondre aux exigences de la classe moyenne née de cette soudaine richesse.

Le président Jose Eduardo Dos Santos, au pouvoir depuis 30 ans, a promis l’année dernière d’ériger d’ici 2012 un million de maisons pour les pauvres. Lors de la campagne pour les élections législatives de septembre 2008, les premières depuis seize ans, il s’était engagé à relever le niveau de vie de ses concitoyens, dont les deux-tiers vivent sous le seuil de pauvreté.

Pourtant les expulsés, considérés comme hors-la-loi, n’ont pas droit au relogement. "Ces gens disent qu’ils ont des titres de propriété, mais ce n’est pas vrai", affirme à l’AFP le vice-gouverneur de Luanda, Bento Soito. Selon lui, de nombreuses personnes prétendent même avoir habité les quartiers démolis pour obtenir une compensation du gouvernement.

Pedro Manuel, 24 ans, raconte une autre histoire. "Pour la première fois, j’avais réussi à obtenir un lopin de terre légalement", raconte-t-il. "J’ai économisé et petit à petit j’ai construit ma maison. Et aujourd’hui, on nous dit que le terrain appartient à quelqu’un d’autre et que nous devons partir."


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