No-Vox

Une terre, un toit, lutte planétaire !

mercredi 6 décembre 2006

Le mouvement, né en Ariège au printemps 1998 des expériences « d’anciens néo-ruraux » confrontés à l’arrivée d’exclus économiques à la recherche d’une vie en milieu rural, est ouvert aux « Rmistes, aux chômeurs, aux agriculteurs Bio, aux artisans, aux musiciens, aux SDF, aux nomades, aux sympathisants, aux expérimentateurs de nouvelles formes d’existence hors des normes productivistes actuelles et soucieux de la préservation de notre environnement nature ». Militant pour l’obtention d’une terre et d’un toit, les participants se sont organisés en réseau de groupes autonomes afin de prendre en compte la spécificité des contextes locaux et pour éviter la bureaucratisation d’une organisation centralisée.

Comme l’énonce l’un des textes fondateurs du réseau, avant d’être un statut, être paysan est un mode de vie, un « être au monde » et si l’on peut dire qu’il vit au pays, le pays vit aussi en lui. L’assemblée fondatrice d’avril 1998 réclame la légitimité de ce désir de ruralité qui est peu pris en compte par les lois d’orientation et d’aménagement du territoire : « Droit Paysan se réfère à une activité vivrière, il est inhérent aux droits fondamentaux et plus précisément celui de se nourrir. Sa formulation explicite le distingue du statut d’exploitant agricole qui s’y substitue, un apanage socioprofessionnel ne devant en aucun cas éclipser un droit coutumier. Le droit à la ruralité englobe les activités annexes qui lui sont liées depuis toujours, artisanales et culturelles. La culture paysanne est une culture du peu où le soin apporté aux choses l’emporte sur le bénéfice à en retirer. » (Michel OTS, 1999) .

Droit Paysan revendique la réappropriation de ses conditions d’existence par opposition à la surface minimum d’installation imposée par les Chambres d’agriculture et la MSA. « L’aspiration d’un retour à la campagne (...) se fonde sur des préoccupations autrement plus virulentes à commencer par le refus de se laisser sustenter artificiellement comme des invalides sous perfusion avec des aides sociales. Il y a là une volonté de s’affirmer dans la vie active et non de consommer masochistement des denrées frelatées. » A travers la revendication de l’espace d’existence, il ne s’agit pas de concurrencer le système du marché -dont les « exclus » sont de fait évincés- mais de se donner la possibilité de construire, individuellement et/ou collectivement, une base territoriale afin de pourvoir aux besoins vitaux. L’usage de la terre permet à la fois la subsistance alimentaire et l’autoconstruction de l’habitat, l’objectif étant de s’émanciper de tout subside : « Exclus du système productiviste actuel, de moins en moins producteur de temps de travail, nous ne sommes plus maîtres de notre sort. Par l’accès individuel ou collectif à la terre, nous pourrions redevenir responsables de notre vie et regagner en dignité. »

La principale revendication du réseau Droit Paysan est de créer dans les communes les conditions nécessaires pour que chacun puisse aller vers « l’autonomie sociale et économique » : « Nous n’acceptons pas l’humiliation constante faite aux individus marginalisés et exclus par des normes économiques hors de propos. Nous refusons la dépendance financière et morale que le traitement social de l’Etat leur impose. » Or la garantie légale d’un droit au revenu minimum s’est construite en 1988 « contre » l’usage du lopin de terres : au début de l’application de la loi, le RMI était réduit de 400 francs lorsque le bénéficiaire possédait un jardin cultivé.

Les premières rencontres du réseau Droit Paysan d’octobre 1998, en Ariège ont conduit à dresser un état des lieux des difficultés d’installation en milieu rural et à l’élaboration d’une charte évolutive rédigée à l’initiative des participants. Les moyens recensés pour accéder à la terre sont multiples : bail, achat individuel et collectif, droit d’usage sur les communaux, achat par les communes pour logements et ateliers-relais (par exemple, la coopérative de transformation Les jardins de la Haute-vallée, dans l’Aude), occupation des espaces laissés à l’abandon, utilisation de la procédure de biens vacants et sans maître, implication dans l’élaboration des POS, création d’une caisse collective, création d’un syndicat rural... Les participants de l’Aude, la Drôme, l’Hérault, la Haute-Garonne et l’Ariège ont choisi, lors de la rencontre des 27 et 28 mars 1999 à la Bastide de Sérou, de travailler autour de quatre ateliers : Réseau, accès à l’espace, autoconstruction et statuts liés à l’activité agricole. Constatant l’impuissance des candidats à l’installation face aux normes imposées par les chambres d’agriculture, les directions départementales de l’agriculture et la MSA, les discussions ont mis en avant la priorité de créer des espaces collectifs : achat groupé de terres, partage des terrains, hébergement sur les lieux de vie existants.

La structure informelle du mouvement, confortée par l’organisation de six rencontres nationales 1999-2000, a pris corps puisque s’est créée dans l’Aude (à Esperaza) l’Association pour la Réhabilitation des Terres Inutilisées ou en Friche (ARTIF), qui déclare agir pour favoriser des installations rurales visant une agriculture vivrière paysanne ou autre activité pouvant s’exercer en milieu rural, respectant les équilibres écologiques. Discutés en septembre 1999 et adoptés au printemps 2001 les statuts de l’ARTIF mentionnent la création d’une tontine dont les membres cotiseront en vue de leur installation (Art.5). L’association collecte les cotisations et les dons alimentant un fonds commun pour l’acquisition de parcelles de terres qui sont mises à disposition par le biais de baux emphytéotiques ou par rachat. La tontine est gérée sous forme associative : l’Association pour la Réhabilitation des Terres Inutilisées et pour la Construction d’Habitats Autonomes pour Tous.


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