No-Vox

Déclaration : conférence de Presse des réfugiés togolais du Camp d’Agamé - Bénin

dimanche 3 novembre 2013

CONFÉRENCE DE PRESSE DES REFUGIÉS TOGOLAIS DU CAMP D’AGAME DEMANDEURS D’UNE AUTRE TERRE D’ASILE MEMBRES DES RÉSEAUX NO-VOX INTERNATIONAL BÉNIN ATTAC INTERNATIONAL BÉNIN Fait le 30 octobre 2013 à Cotonou

Le 10 Octobre 2013 vers neuf heures, les forces de l’ordre de Lokossa en particulier les gendarmes conduits par le commandant, étaient arrivés au camp, munis d’armes et de matraques. Quelques minutes plus tard, étaient arrivés le délégué du village et le président des jeunes. Après quoi, l’ordre fut donné et la démolition a commencé jusqu’à 13 heures. Suite à cela, ils nous ont sommés de quitter le camp déclarant que nous sommes des squatteurs. Face à cette situation, nous n’avons d’autre choix que de nous mettre en route avec les bagages. Après un long voyage pédestre, nous sommes arrivés à Lokossa où les policiers munis d’armes, de matraques et de boucliers nous ont barré la route, nous contraignant d’emprunter des détours afin de nous empêcher de traverser la ville par la voie principale. A Lokossa, nous avons été soumis à une véritable torture psychologique et physique tant les policiers nous empêchaient de nous reposer et de nous désaltérer. Quant aux femmes et aux enfants, ils tombaient dans les fossés, des flaques d’eau et dans la boue par crainte d’être frappés par les forces de l’ordre. Déjà à Lokossa, une pluie torrentielle a commencé par tomber néanmoins nous avons dû continuer notre marche nocturne sous cette pluie jusqu’à Zouhouè (commune d’Athiémé) où nous avons marqué une pause dans le marché.

Vendredi, le 11 octobre vers 3 heures, notre marche a repris jusqu’à Zoungbonou avec des femmes, des enfants et des vieillards, fatigués à l’extrême dont certains ont les pieds enflés. A Zoungbonou, le chef d’arrondissement nous donnait jusqu’à 17 heures pour quitter la ville disant qu’il a reçu l’ordre des chefs hiérarchiques. Il a ajouté qu’aucune commune ou aucun arrondissement ne nous accepterait.

A Zoungbonou, Monsieur César AGBOSSAGA, commissaire principal de la Police, Directeur Général de l’Agence Nationale de Protection Civile, est venu dresser la population contre nous à travers les déclarations selon lesquelles nous voulons forcer la main au Gouvernement, nous ne pouvons pas en tant qu’étrangers imposer notre volonté au Gouvernement. Qu’il a besoin d’une délégation de trois personnes dans son bureau. Ayant vite pressenti le risque que nous courions, nous nous sommes résolus à mettre le cap sur Comé, situé à environ 80 kilomètres d’Agamè à l’idée d’échapper à la brutalité policière de cette localité. Durant notre déplacement, nous avons été victimes des pluies intermittentes et du froid intense, ce qui a conduit à des crises dont certains ont été victimes dans nos rangs. A quelques kilomètres de Comé, d’aucuns ont bradé leurs biens pour résoudre en partie leur problème alimentaire ou pour se rendre à Cotonou à bord de véhicules. Informée de la situation, la Ligue Béninoise de la Défense des Droits de l’Homme (LBDH) nous a donné l’ordre de prendre des véhicules jusqu’à Cadjèhoun sous promesses de payer les frais de voyage aux chauffeurs. A Cadjèhoun, au siège du HCR, nous avons été bastonnés pour quitter les lieux. Alors la Ligue a dû intervenir et nous avons orienté notre marche vers le commissariat central sur instruction de son Président Maître Julien TOGBADJA.

Ne pouvant contenir l’effectif pléthorique des réfugiés qui s’élève à 705 dont 313 enfants, 222 femmes et 170 hommes, le Commissaire a jugé bon de nous envoyer à la maison du Peuple à côté du cinéma ‘‘OKPE-OLUWA’’. Quatre jours plus tard, c’est-à-dire, le lundi 14 Octobre aux environs de 12 heures45, une quarantaine de policiers municipaux y font irruption et ont commencé par nous gazer, nous matraquer et faire usage des chaises qui s’y trouvaient pour nous brutaliser. Beaucoup ont été victime des bavures policières.

Les bastonnades dont nous avons été victimes de la part des policiers municipaux ont entraîné le vol de nos biens. Ce qui nous a conduits au jardin (carrefour) de la vie à VEDOKO.

Le 23 Octobre 2013, la police municipale au nombre d’une trentaine était arrivée avec un ton menaçant nous renvoyer du jardin de VEDOKO et nous obligeant à marcher avec nos femmes et nos enfants jusqu’à Godomey après l’échangeur puis nous ont abandonnés dans l’obscurité aux environs de 19heures. Nous avons dû retourner en marchant jusqu’à la place initiale. Dans la nuit profonde aux environs de 23heures les policiers CRS sont venus nous torturer davantage et nous sommes obligés de nous disperser dans le quartier. La distance effectuée est à peu près 20 kilomètres aller-retour.

Le 24 Octobre 2013, vers 16 heures, les policiers municipaux sont venus encore nous torturer puis nous regroupant, nous obligeant à marcher pour la deuxième fois jusqu’à Godomey sous l’échangeur et nous ont gardé jusqu’au lendemain. Il y a des blessés graves.

Le 25 Octobre 2013, le Président de la Ligue Pour la Défense des Droits de l’Homme et son doyen Monsieur NYASSSOUNOU Magloire, sont venus nous apporter des vivres estimés à plus de 500.000 francs aux environs de 18 heures.

Le 26 Octobre 2013, aux environs de 10 heures, les policiers CRS et policiers routiers d’une cinquantaine sont venus nous chasser sous l’échangeur de Godomey. Ils ont pillé tous les vivres que la Ligue pour la Défense des Droits de l’Homme du Bénin nous a apportés. Nous sommes éparpillés dans le quartier Godomey et ses environs.

Présentement certaines de la population civile nous renvoient après nous avoir offert l’hospitalité pour quelque temps.

Nous voulons vous rappeler que le 22 Août 2013 le Directeur Général de la Commission Nationale pour l’Assistance aux Réfugiés du nom Monsieur César AGBOSSAGA nous dit qu’on s’est exclut du processus d’intégration. Il y a eu un communiqué en date du 24 septembre 2012 où la CNAR a organisé du 1er au 12 octobre 2012 une opération de vérification des réfugiés et requérants d’asile vivant à Cotonou, Ouidah, Porto-Novo et leurs environs sans avoir impliqué les réfugiés du camp d’Agamé. Donc nous nous inscrivons en faux si la CNAR nous dit que nous nous sommes exclus du processus d’intégration. Or l’UNHCR nous a reconnus réfugiés Prima Facie depuis Avril et Mai 2005. Nous avons déjà notre statut. Par conséquent, l’UNHCR et les autorités béninoises ne sont –ils pas en violation fragrantes des droits de l’homme ? Ou ne sont-ils pas en opposition de la Convention de Genève de 1951 et son protocole additionnel et la convention propres aux problèmes des réfugiés ?

Comment expliquer qu’un pays ayant signé les instruments internationaux relatifs à la gestion des réfugiés et qui se veut la vitrine de la démocratie et du respect des droits dans la sous-région puisse se livrer en toute impunité à ces genres de comportements envers des êtres humains sensibles ayant passé plus de neuf ans dans des conditions les plus inhumaines et dans un climat d’insécurité sans précédent ?

Voilà Messieurs les journalistes les conditions dans lesquelles nous nous trouvons actuellement aux yeux de tous sur le territoire béninois. Nous lançons un appel de secours à toutes les organisations humanitaires nationales et internationales qui militent pour le respect des droits humains et des réfugiés.


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