No-Vox

Forum international des Sans à Tokyo

mercredi 10 mars 2010

Les membres de la délégation sont Véronique Laflamme, représentante du FRAPRU, Annie Pourre du Réseau No Vox, Aissatou Balde de l’association française APEIS (Association pour l’emploi, l’information et la solidarité auprès des précaires), Jean-Baptiste Eyraud de DAL (Droit au logement) et Guylaine Brunet pour le Groupe Image de Nox Vox. Gim Heung-hyeon, un militant coréen du syndicat des vendeurs de rue de Séoul, actif dans le mouvement des pauvres, a également été invité à participer aux activités par les militants et militantes du Réseau No Vox au Japon. Notre port d’attache est dans le quartier Ueno, un quartier populaire au Nord du centre-ville de Tokyo. Nous sommes hébergés dans la salle collective de la Coopérative Aum (une coopérative de recyclage).

Les délégué-e-s japonais, français, coréens et québécois du Réseau No Vox ont été invité-e-s à participer à une semaine de solidarité internationale et à un forum sous le thème « Droits sociaux et Mouvements sans frontières ». Toute la semaine, la délégation a participé à des rencontres d’échanges et à de débats avec les militants et militantes et a rencontré les mouvements actifs dans différents quartiers de Tokyo ainsi que dans la ville Osaka. Au programme : cuisines collectives de sans-abris dans les parcs, visites de campements autogérés de sans-abris dans des parcs de Tokyo et d’Osaka, rencontres avec des associations de défense du droit des migrants, des syndicats de journaliers et de travailleurs précaires.

JOUR 1 dimanche 28 février

Nous assistons à une cuisine collective dans un parc du quartier d’Asaska, quartier voisin d’Ueno (bien connu pour le temple Senso-Ji un des plus visités de Tokyo, par lequel nous faisons un petit détour). Je m’étonne qu’un vieux quartier avec autant d’immeubles récents soit un quartier populaire. La réponse : les maisons traditionnelles en bois qu’on pouvait trouver, il n’y a encore pas si longtemps, ont été détruites sous prétexte qu’elles ne correspondaient pas aux normes anti-sismiques.

Nous nous rendons ensuite sur la promenade qui longe la rivière Sumida. Depuis 1988, le long des berges, il y avait récemment entre 200 et 300 abris en toile, tout le long de la rivière. Il y a 5 ans, la ville de Tokyo a commencé l’attribution de logements à 3000 yen (environ 45 dollars) par mois (logements privés avec suppléments privés). Elle a proposé ces logements pas chers aux gens qui avaient des tentes pour éradiquer les tentes. Mais, la ville n’acceptait pas les gens qui n’avaient pas de tentes. Plusieurs personnes sont donc parties pour vivre dans des logements et la ville a commencé à évacuer en disant que des travaux seraient effectués. Des nouveaux aménagements exprès pour éviter la possibilité d’occuper ces espaces : escarpements avec arbustes, stationnement à vélo, grillages sous les ponts. Les contrats pour l’obtention de logements à 3000 yen étaient d’une durée de deux ans… ils sont maintenant terminés. La ville n’a pas fait de bilan.

On y retrouve encore quelques dizaines de ces habitations de survie, et sous certains ponts, des abris en cartons. Les gens qui y vivent se définissent, pour la plupart, comme « travailleurs journaliers » principalement dans le secteur du bâtiment ou du nettoyage, mais la plupart ne travaillent plus, depuis l’éclatement de la bulle boursière en 1994 (avant les gens étaient soit logés par le patronat le temps des chantiers). Pour survivre, ils ramassent des cannettes et recyclent du matériel électronique pour vendre ensuite le métal.

À une ou deux exceptions faites, ce sont des hommes. Des hommes généralement âgés dans la cinquantaine qui n’ont pas accès à l’aide sociale et qui ne réussissent plus à se faire embaucher étant donné leur âge. Ici, les aides sont attribuées au cas par cas, et avant les légers changements instaurés très récemment par le nouveau gouvernement (plus de détails ce sujet un peu plus tard), obtenir de l’aide sociale était impossible pour les hommes âgés de moins de 65 ans (âge de la retraite). Et quand elle vient, pour les moins de 65 ans, cette aide est attribuée en échange de travail symbolique, comme le ramassage des déchets sur les voies publiques. Il n’y a pas de règles claires car, officiellement, l’aide sociale est pour tout le monde, mais dans la pratique on n’accepte que les hommes qui sont âgés de plus de 65 ans (les femmes peuvent y avoir accès plus facilement). L’aide se donne donc au cas par cas.

Ces travailleurs précaires sont dans les faits sans travail depuis le milieu des année 90, moment de l’éclatement de la bulle financière qui a eu comme conséquence la perte de milliers d’emplois. Dans les mêmes années 1990 les politiques néolibérales ont également mis fin au modèle traditionnel japonais de sécurité d’emploi (mais ça, c’est une autre histoire). Les travailleurs du secteur du bâtiment qui travaillaient comme journaliers étaient logés dans des hôtels payés par les patrons à la fin de leur journée de travail. Ils sont maintenant sans-abri.

Pour avoir accès aux allocations de chômage, les gens qui réussissent à obtenir des emplois journaliers doivent avoir un carnet du ministère du travail qu’ils font étamper. S’ils travaillent un certain nombre de jours dans le mois (environ une vingtaine de jours), ils ont accès à une allocation de chômage. Ceux qui n’ont pas de carnets n’ont pas accès à des allocations de chômage. Cependant, ce carnet est difficile à obtenir de certains employeurs.

La répression sévit contre les campements, depuis quelques années, les évictions de campements dans les parcs se succèdent. Certains abris se font détruire en plein jour. Les sans-abris sont alors sans recours, sauf les protestations organisées par le syndicat des travailleurs journaliers, membre du Réseau No Vox.

Nous arrivons aux abords du parc, le long de la rivière Sumida. Quelques dizaines d’hommes sont déjà sur les lieux. Le syndicat des travailleurs journaliers, en plus de fournir certains services comme de l’aide pour remplir les formulaires d’aide sociale, y organise depuis le milieu des années 1990 des distributions de nourriture. Celles-ci se sont transformées en cuisine collective autogérée qui se tient chaque semaine (le dimanche dans le cas de ce quartier).

Au départ, il y a une quinzaine d’année, le syndicat effectuait de la distribution de nourriture déjà prête, modèle le plus répandu chez-nous. Suite une réflexion sur l’importance d’impliquer les « travailleurs » (n’oublions pas qu’ici, les personnes se définissent par le travail, même lorsquils sont sans emploi), la formule a été modifiée pour qu’elle soit plus participative. Un noyau d’une trentaine de militants et militantes (majoritairement du syndicat, appuyé par des militant-es d’autres groupes qui ne sont pas eux-mêmes sans-abri) planifie maintenant la logistique, mais toute la préparation se fait sur place : au menu aujourd’hui un riz avec une sauce au curry et de la salade de chou.

La distribution de nourriture est une belle leçon d’organisation, de prise en charge collective et d’autogestion.

Le groupe arrive, rapidement on débarque le matériel à la chaîne et on installe un panneau avec les annonces. Tous se pressent pour prendre connaissance des informations. Quelques militants distribuent un feuillet qui fait le point sur les politiques de la ville et les luttes en cours. Puis un membre du groupe fait quelques annonces sur les activités à venir et on se met à la préparation. En quelques minutes, les tables sont alignées, des gens voient à la cuisson du riz, coupent méthodiquement les choux, préparent l’eau pour la vaisselle et préparent la sauce au curry. Le groupe grossit, il y a au moins 150 personnes.

Puis, on monte les plats, tous attendent que ce soit prêt. Le signal lancé, tout le monde prend une boîte. La majorité la mange sur place en poursuivant des discussions. Une fois le repas terminé, on ramasse sommairement puis on s’assemble pour une réunion. On annonce des actions à venir, on fait un retour sur les actions des dernières semaines et on demande aux gens présents s’ils ont des informations à partager. La prise de parole des sans-abri et des travailleurs journaliers eux-mêmes est vraiment encouragée en tout temps. Avant de conclure, le groupe décide du menu de la semaine suivante. Puis, on termine le ménage et on ramasse tout. Tout cela sans que personne ne donne de directives ou n’élève la voix, tout le monde participe.

JOUR 2 : Lundi le 1er mars

En après-midi, nous allons faire une visite à la cuisine collective du Chuo Parc dans Shinjuku, quartier à l’ouest de Tokyo. Le parc est adjacent à l’immense marie de Tokyo. Il y avait auparavant un campement de plus d’une centaine d’abris. Ici aussi, la politique du loyer à 3000 yen, a permis de vider le campement il y a 4 ans. On y retrouve aujourd’hui une dizaine d’abris, Les aléas d’un contrat de location pour 2 ans (les propriétaires n’ont pas tous voulu renouveler le contrat au terme de deux ans) et le style de vie ne convenaient pas à tous. De fait, plusieurs travailleurs journaliers, sans autre réseau social, qui travaillaient toute la journée et se retrouvaient seul dans leur logement le soir ont préféré retrouver la vie collective qu’offre le campement. Une centaine de sans-abri participent à cuisine collective, organisée elle aussi par le syndicat de travailleurs journaliers.

Ensuite, action à Shibuya, au sud de Shinjuku, à la mairie de l’arrondissement. Une trentaine de sans-abri y passaient la nuit dans le garage sous-terrain. La mairie a décidé de fermer les lieux durant la nuit, à partir du 1er mars, pour cause de « travaux » (ici on annonce des travaux… plus subtil qu’adopter des règlements).

Le gouvernement demandent aux gens d‘aller plutôt dans les nouveaux centres d’hébergement temporaires qu’il va construire à l’extérieur du centre-ville. Les gens ne veulent évidemment pas : d’abord, ces centres sont temporaires et deuxièment, ils sont très loin. Les gens ne pourraient plus travailler, alors que Shibuya, à l’ouest du centre-ville, est proche du travail que les gens peuvent faire.

En arrivant sur les lieux, on apprend que la ville a décidé de ne pas fermer aujourd’hui l’accès au garage pendant la nuit. Les gens se rassemblent et après une discussion, ils et décident d’aller négocier immédiatement avec les représentants de la mairie pour obtenir que l’accès ne soit pas fermé. On monte rapidement au 3e étage de la mairie.

Les militants interpellent le responsable de la sécurité et le responsable des aides sociales. Ces derniers demandent à aller négocier au sous-sol… les échanges musclés se poursuivent. On arrive au sous-sol et une négociation collective débute. L’accès de nuit au garage sous-terrain ne sera pas fermé pour les prochains jours. Les sans-abri obtiennent d’être avertis avant une fermeture. On sort, on se rassemble pour convenir des suites et tout le monde se disperse. Les sans-abri eux pourront aller dormir tranquilles.

En ressortant, le contraste nous saute aux yeux : après quelques coins de rue, nous arrivons sur une artère commerciale où foisonnent les néons et les grands magasins. Une véritable marée urbaine, correspondant davantage à l’idée qu’on se fait de Tokyo, déferle sous nos yeux. Voilà le Japon à 2 vitesses.

En soirée, nous participons à une soirée de bienvenue qui souligne officiellement le début de la semaine de solidarité internationale No Vox. Nous y présentons le Réseau ainsi que nos groupes respectifs et y rencontrons différents militants et militantes.

JOUR 3 : Mardi 2 mars

Nous passons une partie de la journée, dans l’ouest du centre de Tokyo, à Itabashi, un quartier populaire très sympathique où plusieurs usines étaient implantées avant que les usines se délocalisent en Chine au début des années 1980. Plusieurs travailleurs étrangers y vivent. C’est là que le syndicat AFPS (Asian People’s Friendship Society) a son bureau. Nous y participons à une rencontre organisée sur le thème des droits des migrants.

En soirée, une autre rencontre sur le même thème réunit plus de gens. L’AFPS et Kalakasan, un centre pour l’empowerment des femmes migrantes présentent leur association. Annie présente la situation et la lutte des sans-papier en France, Kim, notre camarade coréen (qui est membre d’un syndicat de vendeurs de rue) présente le mouvement des pauvres de Séoul et la situation des travailleurs migrants en Corée, des militant-es d’origines birmane et bangladaise de l’AFPS témoigne de leurs expériences. Un militant sans-logis de Tokyo témoigne aussi de son expérience avec les marchands de sommeil qui, ici comme en France, exploitent les gens qui ont besoin d’un toit. Il s’agit de petits hôtels similaires à des centres d’hébergement où les gens partagent leur chambre. Les propriétaires perçoivent directement le montant du loyer de la prestation d’aide sociale. Au Japon, la mafia est souvent dans la business de ces hôtels où on entasse plusieurs personnes par chambre pour des sommes exorbitantes.

Jour 4 : mercredi 3 mars

Aujourd’hui, va dans le quartier de Sanya (aussi dans l’Arrondissement de Ueno) visiter la maison collective construite par le syndicat des travailleurs journaliers. Plusieurs membres de ce syndicat son maintenant sans-abris. Ils nous présentent les activités du syndicat et le rôle de la maison collective. Compte-tenu de l’importance de la vie collective pour leur membres, mais aussi du désir d’autogestion très présent, ils étaient intéressés à entendre parler de l’expérience des coopératives d’habitation au Québec. La déléguée du FRAPRU y présente quelques exemples de luttes du FRAPRU et le fonctionnement des coopératives d’habitation. Évidemment, les contextes sont très différents, mais les participants et les participantes à la discussion sont enthousiastes.

Ensuite, nous allons rencontrer des militants et militantes d’un syndicat de jeunes précaires qui ont monté un projet de maison collective. 16 logements moins chers que sur le marché et des salles de réunions. Le hic : ils louent la maison, et même s’ils ont fait tous les travaux, ils n’ont qu’un contrat de location de 2 ans... Le projet est tellement populaire que la branche du syndicat qui a maintenant un volet logement, cherche un autre immeuble pour agrandir le projet.

En soirée, il y a une rencontre d’échanges sur la construction des mouvements sociaux avec des militants et militantes de différents horizons. Kim, notre camarade coréen doit retourner d’urgence à Séoul car il vient d’apprendre l’évacuation éminente des commerces (comme le sien) qui se batte contre leur évacuation par une multinationale du divertissement Lotte World qui prévoit construire un complexe de 123 étages. Les militants et militantes conviennent de faire une petit action se solidarité le samedi suivant au siège social de Lotte, à Tokyo. JOUR 5 : Jeudi 5 mars

Après un bref passage par Kyoto, nous sommes à Osaka, à 7 heures de route au sud de Tokyo. Suzuki et Araki, deux militants de Tokyo, nous accompagnent. Nous rejoignons Yoh et Nishi, deux militants du Réseau No Vox à Osaka. En soirée, nous participons à une assemblée organisée par le syndicat des travailleurs de la bétonneuse, impliqué dans la lutte contre les bases militaires américaines au Japon. L’assemblée vise à organiser la mobilisation contre un réglement récemment adopté par le gouvernement qui autoriserait des bateaux chargés d’armes nucléaires d’accoster près du port d’Osaka, ce qui était jusque là interdit par un réglement municipal.

JOUR 6 : Vendredi 6 mars

. Nous visitons le quartier Kamagasaki, le plus important quartier de travailleurs journaliers du Japon, en raison de la proximité de plusieurs industries. Avant la crise des années 1990, les offres d’emploi et le recrutement se faisaient principalement dans ce quartier. Maintenant, le recrutement se fait par les agences d’intérim. Le quartier est extrêmement pauvre, pauvreté qui s’explique par la diminution de l’offre d’emplois suite à la crise économique de 1993, mais aussi par le vieillissement de la population, qui rend plusieurs travailleurs « inemployables ». Une caractéristique de la ville d’Osaka ? Le clôturage. La ville met partout où elle peut des clôtures pour empêcher les sans-abri d’occuper l’espace public.

Ici aussi il y a des campements de sans-logis dans les parcs. La ville en a évacué quelques uns dans les dernières années (Français et Québécois se surprennent que les sans-abri aient gagné de s’installer dans un parc public aussi longtemps). Nous allons visiter un des campements dans un parc de Kanagasaki.

Annie, qui avait visité le quartier en 2008 constate la diminution importante du nombre d’abris depuis sa dernière visite. Il y en avait une centaine, il y en a aujourd’hui trente.

La ville a accéléré la mise en œuvre de sa politique pour se débarrasser les tentes. À chaque fois qu’un occupant s’en va (la plupart du temps après avoir atteint 65 ans et obtenu l’aide sociale), la ville clôture l’espace qu’il occupait. Afin de s’assurer que les personnes se transmettent les tentes et les terrains, les autorités font un recensement presque chaque jour ! Pour plus plus d’explications sur les campements, vous pouvez regarder le petit vidéo qui résume notre visite.

Jour 7 : samedi 6 mars

En matinée, nous faisons une petite action de solidarité avec les travailleurs de la rue de Séoul. Nous allons déposer notre appui à leurs revendications au siège social de Lotte World à Tokyo.

En après-midi, nous participons au colloque « Droits sociaux et mouvements sociaux sans frontière », à l’Université Meiji. Près de 100 personnes y participent. En plus d’une présentation du Réseau No Vox par Annie, Jean-Baptiste du DAL présente les luttes actuelles autour du logement en France, les pratiques du DAL et les gains obtenus récemment. Aissatou présente l’état des lieux pour les chômeurs et les travailleurs et travailleuses précaires français. Je dois présenter les luttes et l’expérience du FRAPRU. Les militantes et militants du Réseau No Vox au Japon voulaient entendre parler des coopératives d’habitation. Après les discussions de la semaine sur l’importance de la vie collective et le désir d’autonomie et d’autogestion très présents dans les différents mouvements, je comprend mieux pourquoi !

Il y a plusieurs questions sur le fonctionnement du logement social et des coopératives d’habitation. Les gens sont surpris de l’existence de cette forme de logement social et veulent en savoir davantage. Les gens sont surpris de l’autonomie que permet la formule coopérative. J’aborde quand même quelques uns des problèmes rencontrés actuellement au Québec dans le « mouvement coopératif ». Très critiques des politiques sociales japonaises, les participants et participantes voient difficilement comment ils pourraient obtenir un programme similaire. Ici, le logement social représente 2-3% du parc de logements locatifs (comparativement à 10% au Québec ou à près de 50% dans plusieurs pays européens). Cependant, ils et elles ont envie de poursuivre la réflexion et on convient de poursuivre les discussions.

En soirée, nous allons prendre un verre et continuer les échanges avec les militantes et militants dans un café alternatif, le Café Lavenderia.

Jour 8 : dimanche 7 mars

Aujourd’hui nous participons à la manifestation de clôture de la semaine de solidarité internationale. Il pleut ! Nous prenons contact avec les pratiques de la police japonaise : elle encadre à pied toute la manifestation, poussent les gens pour qu’ils avancent et crie sans arrêt ! Il y a aussi des dizaines de policiers en civil. Après un rassemblement où différentes organisations prennent la parole, on marche pendant 1 kilomètre vers le centre-ville. Ensuite, nous avons une dernière rencontre avec les militantes et militants.

Voilà, c’est la fin ! Comment conclure ? Je ne le sais pas encore, mais je vous laisse mes réflexions préliminaires. Plusieurs d’entre nous pensons au Japon comme cette 2ème puissance économique mondiale, ce pays industrialisé et technologique où il n’y aurait qu’une classe moyenne et où l’emploi à vie est suffisamment rémunéré pour faire vivre toute la famille. Comme nous avons pu le constater dans les derniers jours, la situation est plus complexe que ça et il y a une paupérisation importante de la population depuis l’éclatement de la bulle boursière au début des années 1990. L’accès à des emplois à vie et de qualité n’est plus une réalité. Aujourd’hui, les emplois précaires se multiplient dans la plupart des domaines et les salaires ont diminué drastiquement.

Qui sont les pauvres du Japon ? Les jeunes précaires, les travailleurs journaliers (qu’on retrouve ici dans différents secteurs comme la construction) et les hommes âgés qui n’ont plus d’emploi et pas d’aide sociale. Les femmes aussi, dont nous avons très peu parlé, vivent aussi une pauvreté importante. Leur nombre a explosé en 15 ans. Le travail précaire était avant un choix, un mode de vie pour certains jeunes, il est maintenant un passage obligé. Leur revenu est insuffisant, plusieurs ne peuvent même pas se loger. Voilà ce qui explique le nombre de jeunes travailleurs du secteur des services qui passent la nuit dans les mangakissa (cafés internet ou café manga)… Le taux de chômage est aujourd’hui de 5%. Ça nous paraît normal, mais ici où il était pratiquement nul avant, c’est énorme. La lutte contre la pauvreté des femmes est une priorité pour les mouvements féministes. Il en a été très peu question dans ce journal car nous ne les avons pas rencontrés (quelques militantes féministes sont quand même impliquées dans le Réseau No Vox. Tout cela dans un contexte où les programmes sociaux n’ont pratiquement pas évolué en cinquante ans.

Les logements offerts par les patrons qu’on perd avec notre emploi ; l’aide sociale au cas par cas ; un gigantesque réseau de métro entièrement privé dont les différents lignes appartiennent à des compagnies différentes et qu’il faut payer lorsqu’on change de ligne. Une société ultra-libérale qui vit depuis 17 ans avec les conséquences d’une crise économique. Une société clairement à 2 vitesses, voilà ce que nous avons vu durant cette semaine au Japon. La conclusion qui nous vient en tête : c’est peut-être ce qui nous attend dans 20 ans si on ne se mobilise pas chez-nous maintenant !

Le Japon a connu des élections historiques en septembre dernier avec l’arrivée au pouvoir du Parti démocrate du Japon, après 50 ans de domination du même partie ultra-libéral. Ce parti plutôt de centre-droite réunit autant des anciens socialistes que des forces de droites. Déjà des réformes ont été implantées, la plus importante étant la gratuité scolaire dans les lycées publics… D’autres mesures comme une allocation-logement disponible pour les chômeurs depuis le 1er janvier, et l’attribution d’un plus grand nombre d’aides sociales. Or, ces dernières mesures sont de courtes durées et continuent à être distribuées au cas par cas. Elles ne sont pas garantes de l’avenir. Les militants et militantes rencontrés ont-ils espoir que ce gouvernement implante les changements promis avant les élections ? Les avis sont partagés… Tous et toutes attendent de voir ! Pour les différents mouvements sociaux, une chose est certaine, c’est un bon contexte pour construire un rapport de force.

Quelle importance que des militantes et militants de No Vox viennent au Japon ? « Les militantes et militants japonais veulent vraiment savoir ce qui se passe ailleurs »
- Nanako

« Nous donner du courage de continuer la lutte »
- Susuki, un militant qui vit dans un hébergement tenu par un marchant de sommeil ! FIN.


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