No-Vox

Histoire et revendication des réfugiés d’Agamé

mardi 16 juin 2009

Le 5 février 2005, après 37 ans à la tête du Togo sans partage et avec le soutien des différents gouvernements français successifs, le Président Eyadéma meurt. Deux mois plus tard, le 24 avril 2005, un simulacre d’élection est organisé, donnant vainqueur le fils du défunt, Faure Gnassingbé, à plus de 60% des suffrages. Les observateurs internationaux présents ainsi que la FIDH dénoncent de nombreuses fraudes et interventions inopportunes des militaires dans les bureaux de vote. Suite à cette élection extrêmement contestée et contestable (qui reçoit néanmoins les félicitations de Mr Chirac, président français), un mouvement de protestation s’organise. Les marches et des manifestations qui ont lieu sont très violemment réprimées par l’armée, qui en profite pour commettre une série d’exactions, meurtres, viols et enlèvements sont recensés par la FIDH qui dénonce des violations « graves et systématiques » des droits de l’Homme. Selon la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme, 811 personnes sont tuées (plus de 500 selon l’ONU). Ce climat de terreur entraîne un afflux massif de la population togolaise vers les pays voisins. Dès le 30 avril 2005, le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU (UNHCR) ouvre 2 camps de réfugiéEs togolaisEs au Bénin, les camps d’Agamé et de Comé dans la région frontalière de Lokossa. Le 13 mai 2005, soit moins d’un mois après l’élection, l’UNHCR recense déjà 15 000 réfugiéEs togolaisEs au Bénin et 11 000 au Ghana. En janvier 2006, le camp d’Agamé regroupe environ 9 000 personnes et est présenté par les ONG comme composé pour une part importante de jeunes et d’opposants politiques. Ceux-ci revendiquent le statut de réfugiéEs. Une commission, la CNAR (Commission Nationale pour l’Assistance aux Réfugiés), qui travaille avec l’UNHCR, est chargée de prendre l’identité et les empreintes des résidents du camp, afin de constituer leurs dossiers de réfugiéEs politiques. Si ce travail a été fait en décembre 2005, au camp de Comé, les réfugiéEs d’Agamé l’attendent toujours en février 2006, alors qu’il était prévu débuter en janvier. En attendant ce recensement, le camp s’organise, et pour la première fois dans un camp de réfugiéEs, une élection démocratique des représentants des réfugiéEs est organisée. Ainsi, la gestion du camp n’est plus laissée entre les seules mains des institutions internationales et ONG et du pouvoir béninois. Parallèlement, les incidents ne cessent de se multiplier et l’insécurité va grandissante. Les milices du RPT, parti togolais au pouvoir, parviennent à entrer avec des cameras pour filmer les installations du camp et procèdent à des arrestations avec la complicité des militants du RPT, infiltrés au camp, de certains des réfugiéEs les plus recherchés. Les membres de cette milice interceptés par les réfugiéEs sont alors remis aux autorités béninoises, sans information sur leur destin. Cette présence des miliciens a entraîné dans les premiers mois l’incendie d’un véhicule immatriculé au Togo appartenant à un béninois. Ceci a envenimé les relations entre les réfugiéEs et les populations alentours. Le 15 février, Rafik Saïdi, délégué de l’UNHCR au Bénin, ainsi qu’une dizaine de ses collègues, se rendent au camp pour annoncer un nouveau report du processus de recensement nécessaire à l’accès au statut de réfugiéEs. Exaspérés par ce climat d’insécurité et la lenteur et l’incertitude du processus d’accès au statut de réfugiéEs, ainsi qu’au silence de l’UNHCR sur le sujet, visiblement partisan d’un retour des réfugiéEs vers le Togo, un petit groupe de réfugiéEs du camp les retiennent quelques heures pour négociations. Cet évènement provoque l’indignation des ONG et institutions internationales, qui stigmatisent alors une partie des réfugiéEs, les désignant comme des « agitateurs politiques au comportement complètement inacceptable », complétant ainsi la rhétorique du gouvernement togolais qui n’a eu de cesse de dénigrer les réfugiéEs qui demandaient ce statut, les présentant uniquement comme des candidats à l’émigration vers l’Europe. Suite à cela de violents heurts ont lieu avec les villages alentours entraînant la fuite des réfugiéEs. Dans la nuit du 15 au 16 février, une première intervention militaire de l’armée béninoise dans le camp a lieu, avec selon certaines sources, l’ordre de tuer certains des réfugiéEs que le ministère béninois de l’Intérieur accuse alors de cacher des armes et de fomenter une révolution au Togo. Dès lors, les réfugiéEs d’Agamé, perdant leur statut de pauvres victimes impuissantes, apolitiques et assistées pour celui, beaucoup plus dangereux de femmes et d’hommes, de citoyens se battant pour leur droit fondamental de vivre, et d’acteurs politiques, il est apparu primordial à l’ensemble des institutions internationales et des gouvernements du monde entier de fermer au plus vite et de rendre invivable cette zone de turbulence… A partir de là, de vives tensions, relayées par les médias entre les résidents du camp et les villages alentours, sont des prétextes à la répression. On assiste à un pourrissement de la situation humanitaire dans le camp, qui entraîne le départ d’à peu près la moitié des réfugiéEs. A cela s’ajoute le 18 août 2006, la fermeture du camp de Comé et le déplacement des 493 personnes qui y vivaient vers Agamé. Parallèlement des discussions s’organisent entre les gouvernements togolais et béninois conduisant le 20 août 2006 à un accord signé sous la médiation politique de Blaise Compaoré, président burkinabè. Cet accord prévoit l’accélération du rapatriement des réfugiéEs togolais. A partir de ce moment, il n’est plus question pour les institutions internationales et les gouvernements locaux, que de retour vers le Togo. La situation des opposants politiques togolais et plus généralement de tous ceux qui, présentés comme des agitateurs, demandent l’octroi du statut de réfugiéEs, n’est plus du tout prise en compte, aucune autre solution que celle, à risque pour leur sécurité, de leur rapatriement ne leur est proposée. Ainsi, depuis bientôt trois ans, la situation politique des réfugiéEs du camp d’Agamé n’a guère évolué, alors que celle humanitaire ne fait que se dégrader. Pour exemple, le 5 mars 2007, un incendie dans le camp a provoqué la mort de deux enfants de 6 et 10 ans. Pour la J.U.DA. (Jeunesse Unie pour la Démocratie en Afrique), cet incendie est directement lié à la gestion mafieuse de l’aide humanitaire dans le camp par le gouvernement béninois qui aurait fait passé pour charbon de bois, un matériau hautement inflammable. Suite à ces évènements, en début 2008, alors que 3 500 personnes y vivent encore, le camp d’Agamé est officiellement fermé par l’UNHCR. L’aide humanitaire quitte alors le camp et les réfugiéEs se retrouvent livrés à eux-mêmes, dans l’impossibilité de rentrer au Togo, pour des raisons de sécurité, et dans l’impossibilité d’aller ailleurs, pour des raisons de papiers. Rappelons que le président Faure Gnassingbé, responsable des agissements de l’armée en avril 2005 est toujours au pouvoir et n’a toujours pas reconnu les crimes qui lui sont imputés. La situation au Togo reste aujourd’hui très préoccupante, le 14 avril 2009, deux personnes ont été tuées lors d’un affrontement entre les Forces d’Intervention Rapides (FIR) de l’armée et la garde rapproché de Kpatcha Gnassingbé, demi-frère du président et ex-ministre de la Défense, soupçonné de fomenter un coup d’état. Le 29 mai 2009, Faure Gnassingbé a mis en place une commission de vérité, justice et réconciliation, pour lutter contre la violence politique. Cette commission n’inclus aucun représentant de l’opposition. Des réfugiéEs, croyant à la parole de réconciliation, sont rentrés au Togo et ont été immédiatement mis en prison.

Le 20 juin a été déclarée Journée Internationale des RéfugiéEs par l’ONU. Les réfugiéEs du camp d’Agamé souhaitent profiter de cette journée pour attirer l’attention des institutions internationales et des gouvernements sur leur sort. Le camp d’Agamé étant officiellement fermé, ils n’ont pu obtenir l’autorisation de manifester à Cotonou. Malgré cela, le 19 juin, Mr Alfred Sohou, responsable de la CNAR et représentant du ministère de l’Intérieur béninois se rendra au camp d’Agamé. Les réfugiéEs en profiteront pour revendiquer une nouvelle fois le statut de réfugiés, seule possibilité pour eux de pouvoir quitter le camp et vivre librement. Le réseau No-Vox soutient ses militantEs du camp d’Agamé et s’associent à eux pour dire aux responsables politiques togolais et béninois, ainsi qu’au institutions internationales que :

« 4 ans c’est de trop ! 4 ans c’est méchant ! 4 ans c’est inhumain ! 4 ans c’est cruel. 4 ans ce n’est pas 4 jours encore moins 4 mois. 4 ans sans statut ! 4 ans dans la misère, la précarité, l’incertitude, 4 ans c’est de trop. De combien de francs sommes-nous vendus en gros et par tête ? Qui nous a vendus, qui nous a achetés ? Qui a organisé cette vente aux enchères de l’humanité ? Bénin, terre d’accueil, d’hospitalité africaine, nous mourons sur ton territoire, perdus à Agamé dans un camp de concentration, une prison qui ne dit pas son nom. Que deviendrons nous, nous, nos femmes, nos maris, nos enfants sans statut de droit ni solution durable ? Excellence Yayi BONI1, au secours par l’amour du ciel. Nous sommes plus de 3232 au camp des réfugiés togolais d’Agamé condamnés à mort pour un crime que nous n’avons pas commis. Dr Yayi BONI, pourquoi tant de souffrance et d’amertume dans un pays démocratique, pourtant bel exemple en Afrique ? Hier marchandise prisée, aujourd’hui dévalorisée, abandonnée à elle-même, privée de toute forme d’assistance, quel malheur pour l’humanité vendue aux enchères de la politique politicienne transnationale ?  Les réfugiéEs du camp d’Agamé »

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